Simone Ehivet Gbagbo est née en 1949, près de Grand-Bassam, à l’est d’Abidjan, dans une famille nombreuse. Son père était gendarme. Etudiante brillante, elle s’est spécialisée en linguistique et histoire, tout en se passionnant dès le lycée pour le militantisme syndical et politique.
Militante née, elle a connu sa première interpellation policière à l’âge de 17 ans. « Déjà, Simone sortait du lot, écrit Vincent Hugeux dans son livre-portrait des premières dames africaines (Reines d’Afrique, Perrin, 2014), en citant un ancien compagnon de lutte de son héroïne. Sûre d’elle, cassante. Trop intelligente pour une femme. »
Une intelligence exceptionnelle dont Simone Gbagbo a encore fait preuve récemment. Pas plus tard que le 23 février, pendant son audition publique au Palais de Justice d’Abidjan. Neuf heures durant, elle y a croisé le fer avec les avocats de la partie civile, a battu en brèche leurs logiques et démonté les témoignages à charge peu fiables présentés par l’accusation. Au dire des observateurs de la presse internationale, elle a dominé le débat, suscitant parfois l’hilarité générale aux dépens de ses adversaires.
Pour Me Rodrigue Djadje, la performance de sa cliente pendant son audition a montré que celle-ci se situait « à un niveau d’intelligence et de compréhension largement au-dessus de la moyenne ».
Simone Gbagbo est bien loin aussi des stéréotypes des Premières dames ordinaires. Ni une potiche, ni une écervelée, elle est de la trempe de sa modèle Jihane al-Sadate, l’épouse de l’ancien président égyptien Anouar el-Sadate. C’est une vraie femme politique, au passé militant, qui fut emprisonnée et torturée. « Ma position actuelle, aimait-elle à rappeler pendant la présidence de Laurent Gbagbo, je la dois à ma trajectoire, pas au poste de mon mari. »
Malgré les brimades et les exactions qu’elle eut elle-même à subir en tant qu’opposante dans les années 1970-1990, Simone Gbagbo s’est révélée être une « présidente » à poigne. Ses adversaires l'ont accusé notamment d’être liée à des « escadrons de la mort ». Autant d'accusations que le camp Gbagbo a toujours nié, renvoyant la responsabilité sur les ex-rebelles ivoiriens.
Beaucoup d’Ivoiriens avaient espéré que le procès-fleuve d’Abidjan permettrait de résoudre ces énigmes qui continuent d’envenimer la vie publique ivoirienne, quatre ans après l’arrestation du couple Gbagbo. Il n’en a rien été.
Loin d’éclairer le passé, la sentence spectaculaire infligée à l’ex-première dame a dû sonner aux oreilles de la société civile de la Côte d’Ivoire comme un aveu cinglant de l’incapacité de sa classe politique à conduire le pays vers l’indispensable réconciliation nationale.

Fréjus Koffi ET LECRIDABIDJAN.NET