De l’engrais amoindri est vendu aux producteurs de coton ivoirien. Le gouvernement ivoirien le sait, il a alerté le gouvernement malien sur la supercherie mais jusque-là, tout se passe comme si aucune disposition n’a pas été prise par la Côte d’ivoire. 

 

La production cotonnière ivoirienne 2015 est-elle menacée ? Rien n’est moins sûr car il existe sur le marché ivoirien des engrais sous-dosés en nutriments. De milliers de tonnes de ces engrais ont été introduites dans les champs cotonniers ivoiriens. 

 

L’information sur ces « engrais non conformes aux normes de qualité » de la Cedeao ont été données par le ministre ivoirien de l’Agriculture Mamadou Sangafowa Coulibaly depuis le mois de janvier dernier. 

 

Ce dernier a, à travers un courrier adressé le 14 janvier 2014 à son homologue malien Bokary Treta, révélé qu’il existe sur le marché ivoirien et malien de l’engrais déficitaire en phosphate, en azote, en phosphore et autres nutriments. 

 

Dans un mémorandum sur le scandale de « l’engrais frelaté » et la crise au sein des organisations de producteurs de coton élaboré par le Parti Pour la Renaissance Nationale (PARENA) du Mali, l’on peut lire un extrait du courrier élaboré par Sangafowa à l’endroit de son homologue malien :« Il nous revient de manière récurrente, que des engrais non conformes aux normes de qualité, telles que définies dans le manuel de procédure de contrôle des engrais de la CEDEAO, sont importés et commercialisés en Côte d’Ivoire et dans la sous-région. Les sociétés importatrices sont, pour la plupart, installées en Côte d’Ivoire et au Mali ».

 

« Aussi ai-je l’honneur de porter à votre connaissance cette situation, aux fins de dispositions que vous voudrez bien prendre dans votre pays, pour protéger les producteurs, utilisateurs finaux de ces engrais, contre ces opérateurs économiques véreux », recommande le ministre ivoirien de l’Agriculture à Bokary Treta. 

 

Cette interpellation proactive du premier responsable de l’agriculture ivoirienne a eu le mérite de permettre au gouvernement malien de prendre des dispositions, quoique tardives mais utiles, qui lui ont permis de constater en effet que 37 % des 9 000 tonnes déjà importées sont déficitaires en nutriments. 

 

Un silence inquiétant

La Côte d’Ivoire qui a pourtant donné l’alerte ne communique pas sur les dispositions prises par le gouvernement pour réprimer les auteurs de la supercherie. 

 

Et pourtant, plusieurs entreprises fournisseurs d’engrais mis en cause dans ce scandale sont les mêmes qui vendent leurs produits aussi bien en Côte d’Ivoire qu’au Mali. Aucune véritable enquête ni même des analyses sur un échantillon représentatif d’engrais utilisé pour la campagne cotonnière 2014-2015 n’a été annoncée. Les choses semblent se dérouler normalement et l’Etat qui subventionne dans des proportions importantes la filière n’en dit pas mot. 

 

En 2013, l’Etat a accordé une subvention de 7 milliards de Fcfa sur le prix de cession des engrais et il a été procédé au règlement intégral des impayés relatifs aux subventions des campagnes écoulées qui s’élevaient à 10 milliards de Fcfa aux structures de la filière. 

 

L’Etat qui perd pourtant beaucoup d’argent semble ne pas prendre le taureau par les cornes pour mettre fin au mécanisme éhonté d’exploitation, de paupérisation et d’enchainement du paysan par des opérateurs économiques véreux. 

 

Entre autres conséquences, ce scandale risque de déstabiliser la filière coton qui est un des piliers de l’économie nationale (101,3 milliards FCFA distribués aux producteurs en 2014). 

 

Le cotonculteur à qui le gouvernement a promis 60% du prix CAF depuis 2014 pourrait voir son revenu s’amenuiser au cours de la campagne 2015-2016 si les engrais sous-dosés ne sont pas retirés à temps des champs. Mais il fera surtout face à la pression des banques qui ont prêté beaucoup d’argent aux producteurs pour l’achat de pesticide et d’engrais qui coûtent 235.000Fcfa la tonne. 

 

La Côte d’Ivoire quant à elle risque de ne pas atteindre ses objectifs de production de 450.000 tonnes de coton graine à la fin de l’année 2015 et de maintenir sa position de 3ème producteur sur le continent derrière le Burkina Faso et le Mali.

 

Kouakou Atta