Dans une interview accordée à nos confrères de L’inter, le père Jean-Claude Djéréké, enseignant à l'Université de Pennsylvanie, aux Etats-Unis a donné son avis sur la nomination de Mgr Siméon Ahouanan en qualité de président de la Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (Conariv).

 

A ce sujet, le Père n’a pas eu la langue de bois :
« La nomination d’Ahouanan à la tête de la Conariv relève, de mon point de vue, de la complaisance et de la diversion. Complaisance, car Alassane Ouattara a nommé un ami qui ne peut lui dire non sur telle ou telle question. Mgr Hyacinthe Thiandoum et Léopold Sédar Senghor étaient des amis. Pourtant, quand Senghor décida de l’arrestation et de l’emprisonnement de Mamadou Dia, injustement accusé de tentative de coup d’État, Thiandoum eut le courage de s’élever contre cette décision. Ahouanan ne me semble pas capable d’un tel courage. Sinon, il aurait dénoncé le massacre des Ébrié par les rebelles à Anonkoua-Kouté, l’embargo sur les médicaments, la fermeture des banques et le bombardement par l’armée française de la Rti (Radiodiffusion télévision ivoirienne), des camps militaires et la résidence du chef de l’État, la détention depuis trois ans et demi de 800 pro-Gbagbo sans jugement et dans des conditions inhumaines », a affirmé l’homme de Dieu.
Selon lui, Cette nomination est une façon de distraire les Ivoiriens et de les détourner des vraies questions.
« La vraie question, à mon avis, n’est pas l’indemnisation d’une partie des victimes de la crise post-électorale, une injustice qui nous éloignerait un peu plus de la réconciliation. La vraie question est celle de savoir ce qu’il y a lieu de faire maintenant, si on veut que le pays parvienne à une réconciliation vraie et durable. Cette question, la défunte Cdvr dans laquelle travailla Ahouanan, y a répondu en proposant des pistes de solution. Dans son rapport final, elle recommande, par exemple, une rencontre entre les deux belligérants (Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara), l’arrestation et l’inculpation de tous ceux qui se sont rendus coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Les organisations de défense des droits de l’homme, basées en Côte d’Ivoire et à l’étranger, s’accordent à dire que ces crimes ont été commis par les deux camps. Dans ce contexte, un homme libre, impartial et sérieux, au lieu d’accepter de diriger la Conariv, aurait demandé au pouvoir de rendre public le rapport final de la Cdvr et de mettre rapidement en pratique ses recommandations », a-t-il conclu.

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