Selon son entourage, le président de l’Assemblée

nationale n’est pas dupe des enjeux au centre desquels

il se retrouve depuis plusieurs semaines et

se sait lâché par le chef de l’Etat. Premier décryptage

donc ce vendredi lors de sa première prise de

parole officielle depuis son voyage mouvementé

en France.

 

 

En attendant la réaction 

officielle du président de l’assemblée nationale,

vendredi prochain à l’occasion de la clôture de la

deuxième session du parlement,les Soroboys commencent

à donner de la voix. Et pas seulement pour botter en

touche. Car l’ancien ministre des sports Alain Lobognon, qui

est l’un des plus fidèles lieutenants de Guillaume Soro, a mis

hier les pieds dans les plats lors d’une sortie dont le

confrère Soir Info s’est fait l’écho dans la publication du

même jour. 

 

Si Alain Lobognon ne croit guère en effet à l’isolement

de son patron, il estime en revanche que Guillaume

Soro n’a pas été défendu par l’Etat. « En tant que tel ( numéro deux du régime), Guillaume Soro est un homme

d’Etat devant bénéficier du soutien public des institutions

de Côte d’Ivoire », dénonce Lobognon avant d’expliquer que

le président de l’Assemblée nationale est victime d’une cabale mal huilée de la part de ses adversaires qui vise à l’humilier.

Certes dans ce plaidoyer pro-Soro, pas un seul mot du ministre de l’intérieur Hamed Bakayoko avec qui le président de l’Assemblée nationale entretient des relations difficiles.

 

Depuis le début du scandale des écoutes téléphoniques et

des déboires judiciaires de Soro, Hamed Bakayoko n’a en

effet encore osé le moindre commentaire sur le sujet. Cela

dit, difficile tout de même de ne pas le voir derrière les adversaires internes qui sont dénoncés par le clan Soro.

D’ailleurs, le jour de l’éclatement de l’affaire des écoutes

téléphoniques, les conseillers du président de l’assemblée

n’avaient pas porté de gant pour indexer les ennemis internes qui veulent prendre de l’avance dans le cadre de la

succession d’Alassane Dramane Ouattara qui assure qu’il

n’ira pas au bout de son second mandat. Puis Soro leur

avait emboîté le pas, notant sur son blog qu’il savait que la

succession allait pas être dure mais pas au point que ses adversaires inventeraient une histoire comme celle des

écoutes téléphoniques.

 

Bref à Abidjan, si l’on sait que la bande-son de seize minutes

a été publiée sur les réseaux sociaux par Théophile Kouamouo,de nombreux observateurs plutôt bien avertis estiment qu’il ya d’autres mains qui ont remis le document au dit journaliste. 

En tout cas, Guillaume Soro a ensuite tenté de calmer le jeu en indexant des activistes pro-Gbagbo ou en menaçant de

porter plainte contre le journaliste.

En quête de soutien, le président de l’Assemblée nationale

a même ensuite essayé de réunir son camp derrière

lui, mettant hors de cause tous ceux qui auraient pu se sentir

indexés dès le premier jour.

 

Mais rien ne fit. Même l’assemblée nationale s’est plus émue

de l’attaque djihadiste qui a frappé Paris en plein coeur que

par le sort de du président du parlement dont le domicile

ouagalais a d’abord été perquisitionné avant d’être intégré

au patrimoine de l’Etat burkinabé par les dirigeants de la

transition. Ni les porte-parole du RDR ni le président du

PDCI que Guillaume Soro a d’ailleurs tenté de rallier à sa

cause lors de son dernier voyage à Paris n’ont esquissé

la moindre déclaration de soutien,accréditant ainsi la thèse

d’Alain Lobognon qui estime que le PAN (président de l’assemblée nationale, ndlr) a manqué de soutien institutionnel résolu.

Et, dans ces conditions, le premier que les Soroboys accusent

n’est autre qu’Alassane Dramane Ouattara lui-même.

Pour interpeller sa conscience,Alain Lobognon préfère jouer

sur la propre histoire d’Alassane Dramane Ouattara, alors

membre du PDCI-RDA, pour lui rappeler l’ostracisme dont

il fut l’objet à partir du jour où il fit connaître son ambition de succéder à Houphouët-Boigny.

 

Inutile donc de conclure que pour ses proches, Guillaume

Soro se trouve dans le même état d’esprit. Retors et capable

de faire le mort aussi longtemps qu’il le faudra, il est

pourtant impossible de croire que le président de l’Assemblée nationale se laissera liquider comme une victime expiatoire. Sa première prise de parole officielle, vendredi,fournira sans doute un aperçu ce que sera la guerre de l’ombre qui s’annonce terrible entre lui et ses adversaires internes,y compris avec le chef de l’Etat.

Alain Lobognon, lui, est persuadé que Guillaume Soro aura le dernier mot sur ses adversaires parce que « l’histoire

se répète toujours » et parce que la cabale montée contre le

président de l’assemblée nationale ne tient pas la route.

C’est « une cabale mal huilée »,assure-t-il, estimant que «

Guillaume Soro n’est pas seul ». « Les adversaires de GuillaumeSoro échoueront comme ont échoué ceux du

président Ouattara », dans une allusion sibylline volontairement trompeuse. 

 

La raison ?

 

Le président de l’assemblée nationale n’a sans doute pas

oublié que s’il est arrivé à Abidjan comme un fugitif, c’est

bien par Alassane Dramane Ouattara l’a voulu ainsi. Et pas

seulement, car pour ne pas écorner son image de dur à

cuir, l’ancien secrétaire général des ex-forces nouvelles avait

fait le pari de rester encore quelques jours à Paris, ne serait-

ce que pour faire illusion en épuisant le délai imparti

pour son séjour parisien. Mais son voeu a été contrarié par le

chef de l’Etat qui, quelques mois plutôt, selon Jeune Afrique, lui a avait également demandé de ne pas répondre

à la convocation de la juge française Sabine Khéris. 

   En fait entre Soro et Ouattara, la guerre pour l’instant se fait par fleuret mouchetés.

 

Par

Sévérine Blé