Sur le strict terrain du droit, il ne peut en être autrement
car au regard des lourdes charges qui pèsent contre Gbagbo,
il n'y a pas de raison que des 3 juges appelés à délibérer sur son cas, il y ait eu une voix dissidente.
Cela prouve, s'il en est besoin,que le dossier du procureur n'est pas véritablement solide. Sous d'autres cieux, le principe du droit pénal aurait été que "le doute profite à l'accusé".

A la CPI,le doute ne profite pas à l'accusé ; bien au contraire, ce qui vaut que les charges contre Gbagbo soient confirmées. De ce point de vue, on peut estimer que le Droit n'a pas été dit. Or, quand le droit sort par la porte, la politique rentre par la fenêtre. C'est donc par la politique que le FPI devra tenter d'obtenir la libération de Gbagbo.
Libérer Gbagbo par la politique suggère que l'image et le parcours politique du détenu de La Haye soit révélés aux juges, dans leur exactitude.

Alors que, à lire la plaidoirie de l'Avocat de Gbagbo, le Procureur tente de donner de l'accusé une image d'homme violent, qui s'est servi de son parti politique (le FPI), de miliciens et de divers mouvements de soutiens (COJEP...) pour se maintenir au pouvoir, en refusant le résultat des urnes. Ce qui explique qu'il soit accusé de divers crimes, commis directement ou indirectement par lui.
Mais mieux, le Procureur s'appuyant sur certaines attaques armées (Grabo...) contre le régime de Ouattara et certains slogans politiques "le match retour","Gbagbo ou rien" tente de convaincre les juges, d'une part,que Gbagbo et son parti n'ont pas renoncé à reconquérir le pouvoir par la force (d'où son fameux "Gbagbo dispose de nombreux soutiens à l'extérieur...") et que,d'autre part, de ce fait, la libération de Gbagbo serait une entrave à la paix et à la réconciliation en RCI.

Pour battre en brèche les arguments mensongers du Procureur,l'Avocat de Gbagbo (qui certainement doit s'entretenir discrètement et confidentiellement avec le Pdt du FPI) s'appuie au contraire sur la volonté affichée du FPI de pleinement s'inscrire dans le jeu politique national,pour ainsi démontrer sa bonne foi et sa volonté de ne pas recourir à la force pour revenir au pouvoir.Gardons nous donc, dans notre farouche volonté de voir Gbagbo être libéré le plus rapidement possible, de compromettre et de saboter, par nos actes, la stratégie de Me Altit en vue d'obtenir cette libération. Nous en serions irrémédiablement responsable et devront assumer cela devant l'histoire.
Gbagbo est un prisonnier politique et c'est avec la politique
(celle qui arrange l'avocat de Gbagbo) qu'on le fera sortir.
David Koudougnon
Analyste politique