Le procès en assises de l’ex-première dame de Côte d’Ivoire, Simone Gbagbo, a repris lundi en présence de ses avocats, une médiation du bâtonnier ayant permis leur retour après une suspension de deux semaines, a-t-on appris de source proche du palais de justice d’Abidjan.

Madame Gbagbo, absence hier, remporte une première victoire contre le régime d’Alassane Ouattara car sa demande d’appeler à la barre de hauts dignitaires de l’actuel régime comme Guillaume Soro président de l’Assemblée nationale, les Généraux Mangou, Kassaraté, Brindou, l’ancien Premier Ministre Ahoussou Jeannot, et le Ministre Charles Diby Koffi, président du Conseil économique et social, a été acceptée par le tribunal.

 

"Le bâtonnier a engagé une médiation avec le procureur général (et) nous a assuré que des dispositions ont été prises pour que le droit de la défense soit garantie", a affirmé à l’AFP Me Ange Rodrigue Dadje, un des avocats de la défense, en annonçant la présence de la défense au procès.

Maître Rodrigue Dadjé a également confié à la presse que le bâtonnier de l’ordre des avocats l’a assuré de la comparution de Soro, Mangou, Kassaraté, Brindou, Ahoussou, Diby, et de tous les témoins clés.

 

Il a déclaré que la procédure pour faire citer un ministre n’est pas très longue. Elle se fait, en une seule journée.

 

«Vous adressez un courrier au ministre concerné lui-même ou à celui qui veut le faire citer. Ce sont les deux possibilités qui s’offrent au gouvernement ivoirien. Et sachez que le gouvernement siège chaque semaine et quand il a siégé, il peut décider séance tenante, s’il autorise le ministre en question à venir comparaître par un décret qui se rédige en moins de 30 minutes. J’ai déjà rédigé plusieurs projets de décrets donc je sais de quoi je parle. Ça ne prend pas 10 jours pour rédiger un décret. Pour preuve, des personnalités ministérielles ont été limogées de leur poste. Pour vous dire que vous devez suivre la genèse des faits. Nous avons demandé la comparution de certaines personnalités du pays », dira-t-il.

 

Le Procureur général, Ally Yéo a salué le retour des avocats de Simone Ehivet Gbagbo et a réaffirmé son souhait que l’audience se passe dans les meilleures conditions.

 

«Nous avons souhaité que cette audience se passe dans les meilleures conditions. Et Mme Gbagbo soit défendue le mieux possible et que ses droits soient respectés scrupuleusement. Donc, il est heureux que la sagesse ait habité les uns et les autres, et que les Avocats de Mme Gbagbo comparaissent ce matin. Je voudrais en même temps rendre hommage à Mr le Bâtonnier de l’ordre des Avocats qui m’avait approché, pour dire qu’avec d’autres Avocats, il entreprenait une médiation pour revenir sur les décisions les Avocats de Mme Gbagbo. Nous voyons que cette médiation est couronnée de succès. Nous pouvons donc continuer le cours normal du procès, » a déclaré le Procureur général.

 

Le président de la cour d’assises d’Abidjan, le juge Boiqui Kouadjo, avait décidé le 16 novembre que le procès de l’ex-première dame se poursuivrait sans elle et avec des avocats commis d’office.

 

Mme Gbagbo refuse de comparaitre depuis plusieurs séances pour protester contre la non-comparution en tant que témoins des personnalités ci-dessus citées.

 

La cour d’assises d’Abidjan juge Mme Gbagbo depuis le 31 mai sur des chefs d’accusations fantaisistes comme « implication présumée dans des tirs d’obus sur le marché d’Abobo », un quartier favorable à Alassane Ouattara, et « pour sa participation à une cellule de crise qui planifiait et organisait des attaques menées par des milices et des membres des forces armées proches du régime ». La Cour n’a jamais pu apporter un début de preuves contre ces accusations fausses et mensongères, selon ses avocats.

 

Ces crimes imaginaires auraient été commis lors de la crise post-électorale de 2010-2011, qui a fait plus de 3.000 morts en cinq mois dans le pays après le refus d’Alassane Ouattara de reconnaître la victoire du Président Laurent Gbagbo à la présidentielle de novembre 2010. Victoire confirmée par le Conseil constitutionnel, la plus haute autorité judiciaire de l’Etat dont les décisions ne souffrent aucune contestation. Malgré cela, le Président Laurent Gbagbo a appelé au recomptage des voix, en guise de bonne foi. Mais le mauvais perdant et ses alliés de la communauté internationale (France, USA, ONU, UA, CEDEAO, UE, France,…) ont refusé, préférant bombarder le palais présidentiel d’un pays souverain et capturer le Président de la République et la Première Dame du pays.

Aujourd’hui, ironiquement, le recomptage des voix aux élections dans le monde entier, est la règle. Les derniers en date sont les élections au Gabon et aux Etats Unis où le recomptage des voix a été accepté. Ceux qui l’exigent ne sont ni bombardés ni capturés morts ou vifs, encore moins conduits à la Cour pénale internationale.

Le Président de la Cour, le juge Boiqui Kouadjo a renvoyé l’audience à ce mardi pour l’élaboration d’un calendrier de passage des témoins clés.

 

Serge Touré