Quand j’ai entendu mon ami et frère Soro Guillaume, du haut du pupitre de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, parler de la Réconciliation et du Pardon en appelant les Ivoiriens à se les approprier, j’ai failli crier victoire.

 

Ce n’est pas que Soro Guillaume soit un homme de Paix, de Réconciliation et de Pardon. Non loin de là.

 

Ces attributs ne se donnent pas aux personnes qui ont passé leur vie dans la belligérance, dans la violence et dont le parcours est entaché de sang, de viols et de morts. Ce qui, pour l’heure, est le cas de Soro Guillaume.

 

Pour les jeunes ivoiriens qui suivent l’actualité politique et qui, comme nous, aspirent à la paix, il est bon de rappeler en quelques mots le parcours de Soro Guillaume. Il a dirigé la FESCI avec à son actif destructions de biens publics, violences sur étudiants, empêchement de la bonne marche de l’école ivoirienne, importation de la politique à l’école, non-respect des institutions de la République et j’en passe.

Soro Guillaume s’est également allié aux auteurs du malheureux coup d’état de décembre 1999 en organisant notamment un meeting au stade Félix Houphouët-Boigny pour défendre leur cause.

La suite, nous la connaissons tous. Il a créé une rébellion avec toutes les conséquences que nous vivons aujourd’hui.

 

On ne peut donc pas dire que Soro est un homme de Paix.

 

Seulement, et c’est ce qui fonde ma joie, quand un homme qui a un tel parcours en arrive à appeler ses concitoyens à la Réconciliation, au Pardon et à la Repentance, comme Soro vient de le faire, il ne faut pas croire qu’il se moque de ses victimes.

 

Soro, à l’instar de tous ceux qui ont cru devoir changer le monde par la force des armes, a certainement fini par réaliser que rien de bon ne se construit dans la violence.

 

Il est même à parier qu’il a compris l’importance de la Paix. Ce qui est une victoire pour tous ceux qui travaillent à la Paix en Côte d’ivoire.

 

Il faut maintenant espérer que cette Paix, la Vraie, se traduise dans tous les actes à venir de Soro et qu’il ne retombe plus jamais dans les travers des ambitions démesurées et mal contrôlées. Il faut surtout qu’il ne se lasse pas de se repentir et de demander pardon pour les torts causés à la Côte d’Ivoire.

 

Ce n’est qu’ainsi que les Ivoiriens, moi son frère et ami y compris, lui pardonneront son sombre passé.

 

 

 

Le discours de Guillaume Soro à l’ouverture de la session parlementaire le 3 avril 2017. Revue des mots choisis

Par Claude Koudou

 

J’ai examiné chaque mot utilisé. La repentance, la paix, la réconciliation et le pardon, … Mais aussi la haine, les divisions et le rejet d’une certaine façon d’être. Avant tout propos, il me vient de dire que je désapprouve fermement les méthodes souvent barbares et odieuses que nous connaissons de l’homme. Ensuite, de mon appréciation de simple citoyen ivoirien, le discours dans sa forme et son fond se montre ouvert. Pour autant, on peut se demander pourquoi tout ça ? N’y aura-t-il plus jamais ça ? Des massacres, des tortures, des disparus, des emprisonnements extrajudiciaires et des exilés… En lisant le discours de Guillaume Soro, Monoko-zohi, Guitrozon, Abobo, Duékoué et Nahibly me sont venus en tête. Ces gens surpris dans leur sommeil par des brasiers qui les ont calcinés ; ces gens découpés à la manchette parce qu’ils pensaient différemment ; ces autres gens jetés dans des puits ; ces vieillards apeurés, parfois transportés dans des brouettes et abattus quand ils n’ont pas réussi à s’échapper et ces jeunes gens enlevés et ensevelis, on ne sait où. Oui la haine, les oppositions religieuses et ethniques, les effets de convulsions identitaires, ces parodies de justice et ces lots de mensonges pour travestir la vérité… Et que sais-je encore ?

 

Au vu de ce qu’on a vu et que nous continuons de voir, il y a des questionnements sur la bonne foi de la démarche de Soro. Mais reconnaissons qu’en dehors des réserves et des méfiances légitimes, un tel discours est nouveau en ce qu’il touche à des aspects fondamentaux du vivre-ensemble. Se repentir, pardonner et demander pardon. Six ans après, devons-nous comprendre que Guillaume Soro se repentit et demande pardon ? Parce que sa rhétorique souvent empreinte d’arrogance et de suffisance demandait aux victimes de demander pardon à leurs bourreaux. On a voulu inverser les rôles ; on a voulu falsifier l’histoire. Alors que le commencement de la crise, puise sa cause dans la tentative de coup d’Etat du 19 septembre 2002, on a voulu soutenir, au mépris de toutes les douleurs afférentes aux attaques, dans une ferveur de la justice des vainqueurs, que la victime était le bourreau. Après les différents détours des imposteurs, Dieu a dit non. Les plus autorisés et les personnes indiquées examineront les actes qui appuieront ce discours pour voir si la repentance exprimée mérite le pardon. Mais surtout, quelle compensation pour toutes les victimes ? Pourrait-on faire les deuils un jour ?

 

Un acte discursif a été posé. Restent des actes matériels et concrets. En fait, ce que Guillaume Soro dit et prône peut-être, relève de l’exécutif. Alors comment peut-il aller au bout de sa proclamation ? Il y a là des articulations à explorer pour obtenir du concret. Car la réconciliation nationale, Alassane Dramane Ouattara ne montre aucun signe d’y accéder. Je reste donc sur ma faim. C’est l’appréciation que m’inspire la lecture du discours de Guillaume Soro.

 

Par Sylvain KEAN ZOH