09/set/2014
source LE NOUVEAU COURRIER
Elle s’appelle Sy Kadidia. Elle est de nationalité burkinabé et est présentée comme la compagne de l’ex-chef de la rébellion ivoirienne, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale
de Côte d’Ivoire, Guillaume Kigbafori Soro. Elle était à la barre du tribunal correctionnel de Nanterre en région parisienne ce lundi 8 août 2014, pour trafic d’êtres humains,
travail dissimulé et absence de bulletin de paie. Cette affaire qui a cours depuis 2008 l'oppose à deux de ses compatriotes qu’elle a engagé à son service et qui l'accusent de les
avoir soumis à des traitements dégradants.

Allure guindée, démarche assurée, affublée d’une paire de lunettes de correction, Sy Kadidia a le visage serein lorsque, accompagnée d’une amie, elle quitte pour un temps court la salle d’audience, quelques minutes avant le début de son procès. Lorsqu’à sa sortie de l’ascendeur nous tentons de lui arracher quelques mots, celle qui lui sert, on va dire, de garde de corps s’interpose. Et la compagne de Guillaume Soro file vers la salle. A 15 h passées de plusieurs
minutes, elle est appelée à la barre. Veste noire et pantalon assorti soutenu par une sorte de body blanc, Sy Kadidia
vue de près est d'allure juvénile. Elle tente tant bien que mal de faire face à l’armada de questions parfois intimes
que lui pose le juge. Pour elle, ses exemployées
sont bien ingrates. Elle les a nourries, logées, blanchies et voilà comment elle est récompensée. «Elles voyageaient
en business class aux frais de mon mari», dira-t-elle en substance. Alain Lobognon cité Tout commence en 2008. Guillaume Soro est alors Premier ministre suite aux
accords de Ouagadougou. Son fils, aujourd’hui âgé de 7 ans, est victime d’une très grave maladie du sang : l'hémophilie.
Sy Kadidia, la mère de l’enfant, l’envoie rapidement en France pour des soins. L’état du petit Soro demande une
surveillance constante. Kadidia décide de prendre une nounou pour s’occuper de son fils. Les services de Guillaume Soro entrent alors en scène. Selon le juge dans sa présentation des faits, Alain Lobognon, actuel ministre des sports ivoirien, à cette époque conseiller spécial
en charge de la communication à la Primature, fait de fausses attestations où il présente Rosalie Nabi, la première nounou,
et plus tard la seconde, comme des personnes travaillant pour le compte de l’État de Côte d'Ivoire, et étant affectées
à ce titre comme dames de compagnie de
Kadidia. A la question du juge de savoir pourquoi
avoir produit ces attestations non conformes à la qualité des plaignantes, Sy Kadiadia avouera que c'était dans le
but de leur obtenir des visas. Traitées comme des esclaves
De Ouagadougou, elle et sa patronne débarquent dans le 16e arrondissement, quartier chic de Paris dans un trois
pièces. Après plusieurs va et vient entre Ouaga, Abidjan et Paris, Sy Kadidia décide de s’installer en France : sa fille de 17 ans, issue d’une première union et qui vit avec elle à Ouaga, est française. Ce qui lui permet de bénéficier d'une carte de séjour.
A Paris, son caractère acariâtre atteint son paroxysme, selon les explications de Rosalie Nabi mais aussi de la seconde
nounou, Marie Drabo qui, à un an d’intervalles a vécu le même calvaire que sa compatriote. Être au service de la compagne  de Guillaume Soro n’est pas une partie de plaisir, disent-elles. Le salaire est dérisoire au vu du droit du travail en France et même au Burkina Faso. 45 euros (29.475 FCFA environ) de salaire mensuel selon les filles, 80 euros (52 400
FCFA environ) selon la version de Kadidia. On est bien loin du compte. Les deux travailleuses ne sont pas déclarées, elles n’ont aucun bulletin de salaire, travaillent
dès le lever du jour et finissent tard dans la nuit. Malgré le fait qu’elles n’aient pas vécu à la même période chez
leur ex-patronne, leurs récits se rejoignent très souvent. Elles affirment manger les restes de leur patronne, veiller à
l’hôpital Necker ou était souvent interné le petit O. Elles n'ont pas droit à des congés, reçoivent des insultes lorsque
dame Kadidia jugeait que leur cuisine
n’était pas bonne. De véritables esclaves en somme selon
leur avocat. Fatiguées de vivre ce calvaire,
l’une a récupéré son passeport alors que sa patronne était sortie et l’autre a profité du fait qu’elle devait retirer
un colis avec le sien qui lui avait donc été
remis par sa patronne... pour prendre le
large.
Aujourd’hui, épaulées par le Comité contre l'esclavage moderne, elles ont porté plainte. Après la remarquable plaidoirie de leur avocat, Maitre David Desgranges, et le réquisitoire très dilué du procureur qui a requis trois mois de
prison avec sursis et une amende de 5 000 euros(3.275.000 FCFA environ) à l’encontre de la prévenue, le tribunal a renvoyé son verdict au 6 octobre prochain.
Le principal axe de la ligne de défense de Sy Kadidia est qu’elle ignorait tout du droit du travail en France. Selon elle, son compagnon a les moyens de lui permettre
de payer ses employées en conformité avec le barème français. C’est la tête enveloppée d’un foulard blanc que
Kadidia a quitté le tribunal de Nanterre pour s’engouffrer à l’arrière d’une grosse cylindrée en compagnie de sa famille.