Le MDL Franck Ahipaud a osé «l’inadmissible». Par une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, il interpelle Alassane Ouattara, «le chef suprême des armées» sur sa gestion de la grande muette et «le

cancer» qui ronge la gendarmerie.

Sans surprise il est écroué «pour indiscipline» et attend de

connaitre le sort qui sera le sien au terme d’une procédure ouverte

contre lui. Il ne doit pas en être surpris lui-même parce

qu’au moment où il se faisait filmer il n’a pas manqué de dire

qu’il savait que dès la publication de cette vidéo, il serait arrêté

et mis en prison : «Je sais qu’après ça, on va m’envoyer

en prison. si on m’envoie en prison, je ne demande même pas

à un gendarme de se révolter pour ce que je suis en train de

faire, je ne demande pas à un militaire de se révolter». Et de

préciser : «si je fais cette vidéo, c’est pour interpeler le président

de la Côte d’ivoire». Bien qu’il sache alors qu’une précaution

supplémentaire n’y changera rien, il ne s’en prive tout de

même pas : «pour commencer, vous m’excuserez pour mon

comportement, ce n’est pas un manque de respect», plaide-t-il

avant d’ajouter : «Je vous parle directement parce qu’il n’y a

pas assez d’hommes courageux pour le faire». Et puis pour

prévenir tout amalgame, il formule : «Je ne fais pas cette

vidéo pour quémander quoi que ce soit, ni pour mendier, ni pour

rouler dans les 4X4», ni dans le but de se voir verser des millions

sur le compte bancaire.

«Cabri mort», parmi tant d’autres, il a senti la nécessité de

parler afin d’attirer l’attention du chef de l’Etat sur le cas des

gendarmes qui, «à longueur de journée, souffrent». Il évoque

tour à tour les questions de primes qui gangrènent l’armée

sous Ouattara, les missions mal payées, la suffisance de certains

officiers au sein de la hiérarchie militaire et bien entendu

le traitement fait précisément à la gendarmerie. «avant d’être

gendarme, j’entendais dire que le président alassane Ouattara

n’aime pas les gendarmes.

Quand il viendra au pouvoir, il va dissoudre la gendarmerie. Bon

ça ce sont des dires», voudraitil

à la fin croire. Mais des pratiques au sein de l’armée ont

malheureusement tendance à entretenir le fossé entre les

frères d’armes. «nous les militaires qui avons fait un affrontement

entre nous, nous avons fait l’effort de nous entendre pendant

au moins 5 ans et le courant commence à passer». Mais

Le MDL Franck Ahipaud se dit «fort étonné de voir aujourd’hui

que des primes ont été versées », par deux fois, à une

seule partie de cette armée en pleine réconciliation. Il dit ne

pas être contre le principe de ces primes parce qu’en tant que

ex-fds, il l’aurait exigé à Laurent Gbagbo si celui-ci avait gagné

la guerre. «Mais il y a une manière de faire les choses, mon

président», fait-il remarquer.

Cependant, comme il le dit luimême, ce n’est pas un souci

d’argent qui a motivé la confection et la mise en ligne de sa

vidéo : «Je veux vous interpeler sur le comportement de vos officiers

de la gendarmerie, ceux qui sont aujourd’hui en train de

tuer l’esprit de la gendarmerie».

Il conseille à Alassane Ouattara  de créer un cadre d’écoute des

sous-officiers afin qu’il sache ce qu’ils vivent. «parce que c’est

une bombe qui est dans la gorge des gendarme, Monsieur

le président», prévient-il. Il ajoute que des gens, «tapis

dans l’ombre», attendent la

moindre occasion pour en profiter.

Tout en expliquant qu’il n’est pas le porte-parole de tous ceux

qui sont dans la même situation que lui, il dénonce avec force le

comportement de ces officiers qui détourneraient leurs primes

de mission pour rouler carrosse et de surcroit les humilient ou les

menacent à «longueur de journée ». En cela, il a eu un message 

particulier pour Issiaka Watara, dit Watao qui avait menacé

au moment des multiples mutineries de réprimer les fds

au cas où ceux-ci s’en mêleraient : «Colo, tu étais sous-officier

et on sait comment tu es devenu colonel aujourd’hui. Je

voudrais juste t’interpeler. dans l’armée on ne menace pas. sur

le terrain, on se connait très bien», lui adresse-t-il. Après lui

avoir déconseillé de tenir des discours guerriers comme il le

fait souvent pour s’adresser aux anciens fds, Franck Ahipaud lui

rappelle que c’est ensemble que les différents corps d’armée

défendent le pays en cas d’attaque.

Et que «les 1500 éléments de la garde républicaine» que dirigent

Watao ne peuvent à eux seuls le faire, surtout jamais sans la gendarmerie.

«Colonel, vous connaissez la force de frappe de la gendarmerie», lui rappelle-t-il. Il dénonce par ailleurs le comportement du colonel Yéo

de l’aéroport qui l’aurait menacé au téléphone sur plainte de ses

nièces.

En somme, Franck a parlé parce qu’il n’en peut plus de

souffrir en silence comme les autres gendarmes qui souffrent

en silence. Il parle surtout parce qu’il souhaite que cette souffrance

ne provoque pas l’irréparable au sein d’une armée qui,

comme il le dit, se relève encore difficilement des divisions causées

par les crises passées. Il est actuellement écroué pour

«indiscipline», mais il faut craindre que la hiérarchie ne coupe

sa tête, croyant qu’ainsi plus personne ne

lèvera encore le petit doigt.