Ouattara, RHDP, Soro Bédié entre rendez-vous manqués etregrets tardifs

Ouattara, RHDP, Soro Bédié entre rendez-vous manqués etregrets tardifs

 

Le président du parti dé- mocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Henri Konan Bédié, s’est offert un «buzz» sur les réseaux sociaux ces derniers temps avec sa sortie bruyante contre Alassane Ouattara avec qui il a eu une sorte de victoire à la Pyrrhus dans leur commune gouvernance meublée désormais de «regrets» bien tardifs, et aussi son rapprochement avec Guillaume Soro, reçu dernièrement en grandes pompes au-delà de la raison, à Daoukro. L’ex-chef d’Etat ivoirien, après avoir été l’un des parrains du camp de la guerre en Côte d’Ivoire de 2002 jusqu’à une date récente, essaie désormais d’exprimer des ressentiments peu glorieux contre son alter-ego et second tuteur de la rébellion tout en maintenant «un pied dedans», à travers sa proximité avec Guillaume Soro qui ne date pas d’aujourd’hui, même si cette complicité a parfois été émaillée de soubresauts. Henri Konan Bédié se montre très actif contre son allié Ouattara depuis la crise au sein du RHDP coalition politique qui, désormais, a fait place à un parti unifié auquel le PDCI-RDA ne fait plus partie. Une sourde confrontation de promesse non tenue et de volonté de manipulation a vu la coalition créée le 18 mai 2005 à Paris, par le camp de la guerre contre le président Laurent Gbagbo, voler en éclats en novembre dernier et dont les oraisons funèbres sont programmées pour le 26 janvier prochain au stade Houphouët-Boigny à Abidjan. Dans un entretien exclusif accordé à la chaîne fran- çaise France 24 et diffusé dans la nuit du 13 au 14 dé- cembre dernier, le président du plus vieux parti ivoirien ne manque pas de tirer à boulets rouges sur Alassane Ouattara, exprimant ses «regrets» de l’avoir aidé à prendre le pouvoir en Côte d’Ivoire à la suite de la rébellion armée de 2002 et de la crise post-électorale de 2010-2011. Presque sur les nuages après cette interview qui fait grands bruits et dans sa volonté de porter le coup de grâce à son ancien allié du RHDP mouvement politique, Henri Konan Bédié organise en grandes pompes et en présence des forces vives sur ses terres de Daoukro, une visite de Guillaume Soro, cet autre allié du camp de la guerre et ex-secrétaire géné- ral de la rébellion armée, qui ne fume plus le calumet de la paix avec Alassane Ouattara dans leur parti commun, le Rassemblement des républicains (RDR). Lors de cette visite qui ne peut trouver son explication que dans une volonté de tourner la page Ouattara en l’isolant dans le cercle des alliés de la guerre contre Gbagbo, vu ses mérites vantés par son hôte du jour quant à son rôle dans la ré- bellion ivoirienne de 2002, le président de l’Assemblée nationale et vice-président du RDR a exprimé toute sa reconnaissance à Henri Konan Bédié : «Je n’oublie pas les moments de l’histoire de notre pays avec beaucoup de commotion. Quand la Côte d’Ivoire en 2010-2011 a traversé des moments diffi- ciles, que ne fut ma surprise frappante de voir le Président Bédié venir au Golf Hôtel nous rejoindre avec son épouse et ses enfants (… )», a déclaré Guillaume Soro, précisant que, «le Président Bédié est un homme d’État qui m’a galvanisé, encouragé et stimulé et vous savez la suite. Il a été de ce combat, c’est pourquoi je lui suis reconnaissant pour nous avoir soutenu, accompagné parce qu’il a fait tout son sé- jour au Golf». Si l’on peut comprendre la gratitude de Guillaume Soro à Bédié par ce témoignage, rappelons-lui qu’il n’a pas à être surpris puisque le soutien du sphinx de Daoukro à sa rébellion ne date pas de l’épisode du Golf en 2011. L’époux de Henriette Bomo était de l’expédition de Marcoussis et Kléber au début de janvier 2003 où il a fait preuve de son soutien déterminant à la rébellion de Soro. Ce dernier feint aussi d’oublier que c’est dans ce centre de rugby à Paris que l’appellation «Forces nouvelles» prise par son mouvement armée lui fut prêté par Henri Konan Bédié, certainement pour polir et rendre quelque peu acceptable la rébellion de 2002 qui a semé la désolation dans le pays, et pour laquelle bien de rumeurs ont circulé sur l’un des chefs de guerre, N’Dri Saint Claver (Doh Félix), qui aurait été un très proche de l’ancien chef d’Etat. D’ailleurs sur cet engagement supposé de Henri Konan Bédié dans la rébellion de 2002, Touré Moussa, directeur de communication de Guillaume Soro, avait jeté le pavé dans la mare en affirmant, en mai 2017, que «Bédié a financé des armes contre Gbagbo». Une sortie qui avait soulevé le tollé et brouillé quelque peu ces alliés qui cherchent désormais à rattraper le temps perdu. Plus grave est jugée l’attitude de Henri Konan Bédié à l’endroit de Guillaume Soro, à travers sa volonté «de pré- senter, pour de mesquins intérêts politiciens, un acte de rébellion comme un modèle et un exemple à suivre pour la paix et le développement d’une nation». D’autant qu’il exalte ainsi les hauts faits d’armes d’un ex-rebelle, fut-il un précieux allié. Et le faisant, Henri Konan Bédié opte pour une alliance électorale empoisonnée, au lieu d’œuvrer au-dessus de la mêlée, pour une réconciliation vraie et une paix définitive. Le sphinx de Daoukro donne ainsi de mauvais signaux à la jeunesse ivoirienne, en outrepassant le politiquement correct et le moralement digne d’héritier d’Houphouët-Boigny, présenté par ses partisans comme un homme de paix et de réconciliation qui n’aurait jamais pu s’accommoder d’une rébellion et d’un chef rebelle. Les bourdes et rendez-vous manqués avec l’histoire de Henri Konan Bédié sont multiples qui, pour beaucoup d’observateurs, sont à l’origine des violences politiques et de la guerre en Côte d’Ivoire. L’on peut citer le boycott actif de 1995 pour ce que le chef de l’Etat d’alors qu’il était, refusa catégoriquement à l’opposition dirigée par Laurent Gbagbo un simple bulletin unique et une commission électorale indé- pendante, entre autres. En d’autres temps, Bédié avait aussi clairement présenté, dans un livre, Alassane Ouattara comme un «étranger burkinabé» contre qui il a d’ailleurs lancé un mandat d’arrêt international. Pour bien d’observateurs, il n’a pas été moins un soutien indéfectible de la rébellion armée en Côte d’Ivoire à laquelle il a donné ses lettres de noblesse en la qualifiant de «Forces nouvelles», l’accompagnant d’abord à Marcoussis pour dépouiller un président de la République légitimement élu de ses pré- rogatives et ensuite à l’Hôtel du Golf, en mettant ainsi un point d’honneur à la guerre post-électorale et aux massacres perpétrés par des armées coalisées de l’Onu, de la France et des mercenaires de la sous-région ouest-africaine contre le peuple ivoirien, par sa présence remarquée aux côtés de

 

La peur de la solitude contraint Bédié à flirter avec Soro.

 

 

 

Soro Guillaume et Alassane Ouattara. A ce dernier cité, Henri Konan Bédié apportera un soutien sans faille au second tour des présidentielles de 2010 contre Laurent Gbagbo, allant jusqu’à abandonner 600.000 voix qui lui auraient été spoliées à l’occasion du premier tour, quelques semaines auparavant. Toutes choses qui font polémique aujourd’hui dans les rangs de ses partisans. Les conséquences de tous ces actes qui inclinent à un «soupçon légitime» de participation active à la rébellion armée au pouvoir aujourd’hui, qui a fait couler tant de sang, engendré tant de morts et de souffrance, sont bien l’attitude du régime en place. Le RHDP au pouvoir qui agit en toute impunité n’a que faire du respect des droits humains, du bien-être des populations qui ploient sous le poids des misères du chômage et de la maladie, et de la réconciliation des fils de la Côte d’Ivoire qu’il maintient, les uns en prison les autres en exil, quand ils ne sont pas tout simplement livrés à une mort certaine par un fléau désormais connu de tous et qui décime les cadres de l’opposition. Et le «pardon» sur les lèvres de Soro au domicile du président Abou Drahamane Sangaré à l’occasion de ses obsèques, et aussi la déclaration sur France 24 de Bédié de voir le retour au pays du président Laurent Gbagbo qu’il ne manquait d’ailleurs jamais d’accuser d’être à l’origine des morts de la guerre, ne sauraient montrer une volonté ferme de l’un et de l’autre d’aller à la réconciliation nationale effective. Il montre au moins une volonté des deux alliés d’amadouer les pro-Gbagbo que l’on sait indispensables et de qui l’on a bien besoin aujourd’hui pour 2020. Par ces appels du pied, l’on croie ainsi incliner le cœur du président Laurent Gbagbo pour le soutien de ses partisans à la cause de Soro et Bédié dans leur combat contre Ouattara. Mais il faudra être un aveugle pour ne pas lire les signes du temps qui inclinent à de grands bouleversements imminents dans le landernau politique ivoirien avec la libération prochaine et l’arrivée attendue du président Laurent Gbagbo, certainement craint par ses adversaires du camp de la guerre, et qui croyaient définitivement régler son cas en l’envoyant à La Haye où la justice (?) de la fameuse «communauté internationale» s’est définitivement étalée de tout son long dans son complot ourdi contre le prévenu et illustre prisonnier de Scheveningen que cette cour n’a jamais eu à juger .

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