
On n’interdit pas la peur. On la retarde
Téné Birahima Ouattara, Ministre d’État, Ministre de la Défense, frère du Président-candidat, et le Général Vagondo Diomandé, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, ont sorti l’artillerie lourde à huit jours du scrutin présidentiel.
Un arrêté interministériel, frappé du sceau de la légalité, mais rédigé dans l’encre de la peur politique, vient d’interdire toute manifestation publique pour deux mois. Deux mois ! Comme si la voix du peuple pouvait être suspendue par décret.
Le contexte est explosif :
• L’opposition dénonce une candidature de trop — celle d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat.
• Le PDCI-RDA et le PPA-CI appellent à manifester chaque jour, dans la rue, face à ce passage en force.
• Et déjà, dès l’ouverture de la campagne, la répression s’est abattue sur les rassemblements.
Cet arrêté n’est pas anodin. C’est une clé de voûte stratégique, soigneusement posée dans l’édifice du verrouillage électoral :
• Il muselle les mobilisations citoyennes qui pourraient bouleverser le récit officiel.
• Il donne une couverture juridique aux arrestations, dispersions et intimidations.
• Il prépare le terrain pour neutraliser toute contestation post-électorale, avant même que les urnes ne parlent.
Sous couvert d’ordre public, c’est la rue politique qui est confisquée.
Sous le vernis de la légalité, c’est le rapport de force démocratique qui est verrouillé.
Sous les signatures des deux ministres régaliens, c’est la voix populaire qui est mise entre parenthèses.
On n’interdit pas la peur. On la retarde.
Et à huit jours du vote, cette décision ressemble moins à une mesure d’ordre qu’à une déclaration de méfiance envers le peuple lui-même.
JACQUES ROGER
LECONSERVATEUR
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